EUROPE : Croissance enlisée

Par | 24 septembre 2012

La zone €uro est en récession. Le PIB a reculé de -0,3% au quatrième trimestre 2011, s’est stabilisé au début 2012, puis s’est contracté de -0,2% au printemps. Le mouvement s’est poursuivi pendant l’été, le message des enquêtes auprès des chefs d’entreprise étant sans ambiguïté. Ainsi l’indice synthétique calculé par Eurostat indique un climat récessionniste. Tous les ressorts de la croissance sont en panne, à commencer par la consommation des ménages, qui devrait se réduire d’environ -0,5% en moyenne annuelle 2012. Les statistiques de ventes de détail, connues jusqu’en juillet, montrent une chute continue depuis la mi-2010. Elles sont revenues à leur niveau de 2005. Dans ces conditions, l’impact sur les entreprises essentiellement dépendantes du marché européen est considérable. Les investissements devraient eux aussi diminuer en 2012, mais dans une proportion plus importante, de l’ordre de -2%. La consommation publique reculerait d’environ -0,5%, ce qui est peu en regard de la nécessaire réduction du déficit des administrations. Seules les exportations nettes contribueraient à la croissance, plus en raison du repli des importations lié à la demande intérieure qu’à la faible progression des ventes à l’étranger.


Source : Eurostat.

Plus que jamais, ces évolutions moyennes recouvrent des mouvements divergents selon les économies. L’Allemagne et la plupart des pays de son hinterland ont vu leur activité progresser au deuxième trimestre, tandis que la France connaissait une croissance zéro et que la réduction de l’activité se poursuivait en Europe du Sud. Dans ces derniers pays, la récession gêne considérablement les efforts d’assainissement budgétaire, en même temps qu’elle accroît les tensions sociales. Le taux de chômage atteint ainsi 25% en Espagne, 23% en Grèce et 16% au Portugal. Il est plus modeste en Italie (11%), mais sa progression au cours des derniers mois a été fulgurante.

Le 6 septembre, le président de la BCE, Mario Draghi a précisé les annonces faites en juillet, lesquelles avaient entraîné des réactions positives des marchés financiers, en particulier sur les cours des actions. Il a en effet présenté un nouveau programme de rachats conditionnels mais illimités de dettes publiques, intitulé OMT (outright monetary transactions). La BCE a expliqué vouloir remédier aux "craintes infondées de la part des investisseurs de la zone €uro". De fait, dans les jours suivant ces décisions, les taux de rendement des obligations à 10 ans de l’Espagne et de l’Italie ont sensiblement reculé.


Source : Institut für Wirtschaftsforschung.

Malgré les difficultés rencontrées par ses voisins européens, le PIB de l’Allemagne a progressé de +0,3% au deuxième trimestre, après +0,5% en début d’année. Le commerce extérieur a contribué à la croissance, la hausse des exportations étant plus soutenue que celle des importations (+2,5% contre +2,1%). La consommation des ménages a augmenté de +0,4%, tirée par l’accroissement des revenus et par le recul du taux d’épargne à 9,9% du revenu disponible brut. En revanche, l’évolution des investissements est moins favorable. Avec un troisième trimestre consécutif de repli des dépenses en machines et équipements (-2,3% après -0,9% et -0,3%), les inquiétudes des entreprises se manifestent clairement. L’indice Ifo recule ainsi pour le quatrième mois successif en août (-0,9 point, à 102,3). Il s’inscrit au plus bas depuis début 2010, sous l’effet de la dégradation des anticipations à six mois qui retrouvent leur niveau du printemps 2009.

Sur le marché du travail, l’emploi affiche une nouvelle hausse en juillet (+0,1%). Le taux de chômage demeure collé au seuil historiquement bas de 5,5% selon Eurostat et le chômage partiel stagne à 65.000 en juin contre plus de 100.000 un an plus tôt. L’une des conséquences de ces bons indicateurs est un excédent de 11,6 milliards d’euros au premier semestre des comptes de la sécurité sociale, qui devrait entraîner prochainement une baisse des cotisations sociales de retraites.

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